Le légendaire châssis de pré-série 5.1 s'exhibe sous le soleil italien de la Villa d'Este, témoin vivant des débuts de l'ère des hypercars.
By: Yves Lefevere
Avant de devenir l'icône des années 2000 et de clouer le bec à toute l'industrie auto, la Bugatti Veyron n'était qu'un pari fou sur un bout de papier. Pour passer du rêve à la réalité, il a fallu des laboratoires roulants. Le plus important d'entre eux ? Le châssis de pré-série 5.1. Récit d'une survivante de l'extrême, passée des salins de la mort aux pelouses de la Villa d'Este.
Quand Ferdinand Piëch, le grand patron du groupe Volkswagen, annonce au tournant des années 2000 son plan pour Bugatti, tout le monde rigole : un moteur W16, 1 001 chevaux, plus de 400 km/h en pointe, le tout avec le confort d'un palace. "Impossible", disaient les ingénieurs. Pour briser les lois de la physique, Bugatti a dû créer des outils sur mesure. C'est là qu'entre en scène le châssis 5.1, l'un des six prototypes de pré-série conçus pour essuyer les plâtres et inventer le segment des hypercars.

Ce châssis n'a pas connu la vie feutrée des garages chauffés de Monaco. Son truc à lui, c'était plutôt l'enfer des salins du Nevada. C'est sous un soleil de plomb et par des températures étouffantes que la 5.1 a été poussée dans ses derniers retranchements pour valider l'aérodynamique et le refroidissement du monstre. À son volant, le Dr Wolfgang Schreiber y a notamment peaufiné le fonctionnement de la boîte DSG à double embrayage et 7 rapports, la seule capable de ne pas exploser sous les 1 250 Nm de couple du W16.
De l'ombre des tests à la lumière des projecteurs
Une fois les séances de torture terminées, le châssis 5.1 a entamé une seconde vie : celle d'ambassadeur. En septembre 2005, c'est elle que l'on voit sur les routes sinueuses de Sicile pour la présentation mondiale aux médias, avec Ferdinand Piëch lui-même à son bord.
La voiture va ensuite évoluer au gré des besoins de la marque. Présentée aux USA (de Pebble Beach à San Diego), elle change plusieurs fois de visage : elle reçoit d'abord des sièges en soie et un bloc moteur monochrome, puis un intérieur noir profond en 2007 pour coller aux futures spécifications des clients. Après avoir encaissé plus de 21 000 kilomètres de tests intensifs – un exploit absolu pour un tel prototype –, la 5.1 retourne enfin à Molsheim en 2008. L'Atelier lui offre alors sa mise en conformité définitive avec les standards de série pour qu'elle puisse enfin être vendue.
L'avis de la rédac'
Ce que l'on en pense : Grâce au programme officiel La Maison Pur Sang, qui a fouillé les archives pour certifier son histoire, ce châssis 5.1 vient de refaire surface au prestigieux Concorso d’Eleganza Villa d’Este. Et c'est une claque. À une époque où les constructeurs détruisent ou cachent leurs prototypes de développement, voir cette Veyron "laboratoire" briller sous le soleil italien aux côtés des Type 57C et EB110 rappelle à quel point cette voiture a été un séisme technologique. Elle n'est pas seulement une pièce de collection à plusieurs millions ; elle est le témoin vivant, avec ses rides et son passé d'essayeuse, d'une époque où l'automobile n'avait pas peur d'être démesurée. Respect.







